Le long de la Seine

Entre Le Havre et Paris, la Seine passe d’un extrême à l’autre : des violences indomptables de l’écume aux artifices consommés de la pose dans les activités sociales et mondaines. Tous les thèmes de la représentation picturale se retrouvent le long de ses berges : nature sauvage et immensité des éléments vers l’estuaire, ruines et monuments, châteaux et abbayes - Saint-Wandrille, Tancarville, Jumièges, Château-Gaillard -, travaux des champs, entreprises artisanales, transports et chalands, chemin de fer, voyage de Paris au Havre vers d’autres destinées, vie de port et trafic de marchandises, émergence des activités industrielles et des transformations profondes qu’elles causent à la nature, végétation policée des vergers bien ordonnés ceints de lices, chaumières engourdies dans les plis des coteaux et, plus près de Paris, villas chic comme des cottages anglais, et puis, partout, le ballet sans cesse renouvelé des plus beaux événements météorologiques. Le long de la Seine, les berges s’ouvrent très vite sur l’intérieur de la Normandie, comme le fleuve fait sentir très tôt la présence de la mer.

La Seine participe à la fondation de la modernité grâce à certaines aquarelles de Turner qui réalisa très tôt un inventaire complet des sites pittoresques, des monuments et des ruines. Cette culture savante si importante pour le développement d’une conscience patrimoniale se conjugue très bien avec les changements de temps brutaux que les peintres aimaient par-dessus tout pour leur capacité à transcender l’instant paisible et à exacerber les sens.
Si Honfleur et Le Havre sont d’une identité résolument maritime, le pays, dès que la mer disparaît au détour d’un chemin, tourne le dos au monde de l’estran, de la pêche et des régates...