PHYSIQUE DE LA NATURE, PHYSIQUE DE LA PEINTURE

par Alain Tapié, directeur de la collection

« La peinture c’est la vie, c’est la nature transmise à l’âme, sans
intermédiaire, sans voile, sans règles de convention. La musique
est vague, la poésie est vague, la sculpture veut la convention,
mais la peinture, surtout en paysage, est la chose même. »

Eugène Delacroix, Journal,  30 avril 1821


L’événement météorologique prend depuis le XVIIIe siècle une place grandissante dans la conscience et dans la connaissance, en même temps qu’il s’installe durablement dans la peinture. Il trace un chemin et simultanément décrit un champ inédit entre les nouvelles attirances vers le monde naturel et les apaisements des peurs rédhibitoires lorsqu’il atteint le paroxysme d’une violence incontrôlable et imprévisible. Il fait toujours l’objet d’invocations surnaturelles qui révèlent une culture de plus en plus panthéiste accueillant même la velléité barbare. L’événement météorologique propage désormais ses effets dans le monde « infranaturel » de la psyché où se forment, comme autant d’images,  les rêves, les visions et ce que l’on appellera plus tard les fantasmes. Au-delà de la mimesis, un nouveau regard sur le paysage, traducteur des impressions ressenties, conduit à l’expression plastique de l’événement météorologique vers une composition de l’étendue qui va, idéalement, de l’invisible de l’inconscient vers l’invisible de l’espace divinatoire et fait la part belle aux excès du ciel : vertiges des tempêtes et bonheurs du rayonnement solaire. Dorénavant, le peintres les recherchent toujours plus...