Gustave Courbet (Ornans 1819 La Tour-de-Peilz, Suisse, 1877)
Marine, gros temps, 1871

Les années 1860 sont pour Gustave Courbet florissantes. Après la rencontre en 1859 de Boudin et de Baudelaire, il donne de longues séries de paysages et d’animaux pris dans le Doubs, des portraits de femmes d’une profonde intimité, des bouquets de fleurs, puis des vues des bords de la Loue. Il revient en Normandie en 1865 et peint à Trouville des marines par tous les temps. Il séjourne chez le comte de Choiseul, à Deauville, et rencontre Boudin et Monet. L’année 1866 est celle des grands nus monumentaux qui le rendront célèbre, dont Paresse et Luxure ou Le Sommeil. À la fin de l’année ce sont les paysages de neige et de rochers autour d’Ornans, puis de nouveau des marines à Étretat et Saint-Aubin. La Femme à la vague de 1868 illustre l’idéal d’héroïsme et la puissance d’expression que tout sujet doit porter en lui dès lors qu’il apparaît comme une force de la nature. Cette vision est confirmée par l’immense série des vagues, donnée comme autant de morceaux de peinture pure, sur lesquels apparaissent parfois, lorsque la mer est déchaînée, un rocher, un bateau, comme les signes fragiles d’un monde humain, dérisoire. 1869 voit apparaître les grandes falaises d’Étretat maçonnées avec acharnement, dont la solidité se fait le rempart de la puissance destructrice des éléments. L’année suivante, viennent encore les vagues déchirantes.

En 1871, Courbet prend part un temps à la Commune révolutionnaire, mais se désolidarise très vite des insurgés qui saccagent les monuments ; il est néanmoins arrêté pour avoir participé à la destruction de la colonne Vendôme. Il est écroué à la prison Sainte-Pélagie, et les fleurs et les fruits qu’il reçoit donnent lieu à d’admirables natures mortes. C’est lors de sa détention qu’il peint cette Marine, gros temps. On y voit au premier plan des rochers tandis que la mer s’apprête à engloutir une barque en péril et que le ciel résonne du sentiment tragique de la vie qui habite le peintre. Courbet peint de mémoire et dans ce tableau rien n’est vraisemblable, ni le gonflement des voiles, ni la forme des rouleaux, ni l’amoncellement des nuages, mais chaque élément détient une part de vérité fulgurante tout droit surgie de cette physique de la nature qui réveille le fond de l’âme humaine. L’artiste met pleinement en œuvre l’expérience vécue par les peintres de la ferme Saint-Siméon, qui considèrent la nature comme un instrument de révélation de la gravité de l’existence alternant avec les moments éphémères autant qu’interminables de bonheur ou de sérénité.

Par les tableaux de cette veine, Courbet réalise au plus haut point le rêve des grands peintres naturalistes qui font du paysage un acte de méditation philosophique en dépouillant leurs toiles de tout effet de réalisme, n’en conservant que le message de vérité.

 
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