Frank-Myers Boggs (Springfield, Ohio, 1855 Meudon 1926)
Dieppe, brume matinale, 1881

En 1876, Frank Boggs quitte les États-Unis pour la France, qu’il aborde par Dieppe. Grand voyageur, il sillonne l’Europe mais privilégie les sites marins de la Normandie. Sa connaissance de la peinture flamande, sa pratique consacrée de l’aquarelle le rapprochent de Jongkind par cette facture légère, ce goût pour les vibrations de la lumière où se mélangent avec bonheur la fraîcheur des tons et l’intemporel.

Il rencontre plus de succès en France que dans son pays d’origine, même si le musée de Boston présente aujourd’hui encore une Houle à Honfleur qui fut primée à New York en 1885. Comme Guillemet, Boggs est un artiste libre et inspiré qui garde toutefois des liens solides avec l’art officiel depuis sa formation dans l’atelier de Gérôme. Il expose régulièrement aux Salons jusqu’à la fin de sa vie.

De Jongkind, il a la sûreté du dessin, de Guillemet, le goût pour les camaïeux, de Manet, la qualité des volumes répartis en aplats. Boggs doit aussi à la Normandie la justesse de son art sans éclat inutile, travaillant la tonalité en touches légères, s’attachant à l’impression et au climat. La réussite de son art tient une fois encore à la concentration de ses motifs – Dieppe, Honfleur, le Cotentin. On sait que la physique de la nature normande génère deux grands courants dans sa transposition au cœur de la peinture, un expressionnisme de la nature d’une part, un impressionnisme du voile et de la transparence nacrée d’autre part. Boggs est de ce bord-ci.

 
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