Frank-Myers Boggs (Springfield, Ohio, 1855 – Meudon 1926)
Dieppe, l’épave, vers 1884

Attirés par la France de la modernité impressionniste, les artistes étrangers aspirent à plonger dans la vie parisienne, celle des cafés et des ateliers en vogue, pour ensuite, dans l’euphorie de la découverte d’une nature riche et presque exotique, s’adonner à la pratique de plein air dans une campagne de choix – environs de Paris, Haute ou Basse-Normandie. Boggs au contraire fait partie de ces observateurs attentifs et précis qui s’attardent à Dieppe, délaissant la campagne pour les sites urbains aux motifs rudes, sans concession, qui évoquent la poésie anglo-saxonne de l’activité industrielle bien connue depuis Turner.

Ses qualités d’aquarelliste, transposées dans la technique à l’huile, lui font associer dans cette culture du camaïeu gris dont il ne se départit pas, la transparence et la fluidité de l’air et de la mer aux volumes écharpés des bateaux, des bâtisses, des usines et des ports. Ses voyages dans la nature urbaine dépourvue de tout pittoresque font de ses tableaux autant de traces, de résidus, d’amoncellements, d’une vérité forte qui se passe du charme et de l’agencement apprêté.

L’Épave, presque une allégorie de la destruction après l’achèvement, est prise en étau dans un jeu de verts et de gris saturés qui ne peuvent laisser le dessin en paix. À défaut d’audace marquante dans la touche, Boggs développe par ses gris, où la masse charbonneuse le dispute à la transparence glacée, un expressionnisme des valeurs qui, associé au caractère radical des sujets, en fait une des grandes figures originales du paysage moderne.

 
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