Eugène Isabey (Paris 1803 – Montévrain 1886)
Ferme en Normandie, vers 1850

Eugène Isabey n’a pas de racines normandes, pourtant il ne se passe pas une année entre 1820 et 1874 sans qu’il s’attache à l’exploration des manifestations les plus grandioses ou les plus humbles de cette région : tempêtes, barques échouées, coteaux, monuments en ruine ou masures.

Il est de ceux qui, forts de la leçon des grands Anglais Constable et Bonington, traduisent dans un art consommé de l’esquisse les données immédiates du motif, sans s’attacher à transmettre l’émotion romantique devenue superflue. La couleur gris-beige et le « matérialisme » sec et lumineux transmettent la poésie objective des microcosmes naturels même si, derrière la passion du peintre pour les gestes emportés que suggère la tache de lumière sur le plus banal des toits de chaume, plane toujours le goût du chroniqueur pour les images pittoresques.

Peinte dans la première moitié des années 1830, ce modeste mais savoureux morceau participe de ceux qui provoquèrent la colère des critiques par la vanité du motif. Isabey, comme Paul Huet, en marge des grands sujets qui le font vivre, porte désormais son regard sur les petits riens pour en extraire les phénomènes plastiques. À lire la critique qui lui est consacrée au Salon de 1834, il est bien le précurseur caché derrière ses commandes officielles : « M. Isabey ne nous semble pas avoir étudié avec assez d’attention, car il entasse une foule de choses qui se nuisent par leur confusion, et qui fatiguent l’œil de leur désordre maladroit. Quant à l’effet, M. Isabey ne l’a même pas cherché ; il met çà et là sur sa toile des touches de blanc, de noir sur un frottis de bitume ; du vert, du rouge par place, et cela sera tout ce qu’il plaira aux regardants ; car il n’y a ni forme ni couleur suffisamment arrêtées pour faire reconnaître les objets ; au reste, M. Isabey n’a pas l’air de tenir beaucoup à faire de la peinture rendue ; il cherche plutôt de la peinture qui soit vite faite et puisqu’on la lui achète comme cela, il ne la fait pas davantage ; cependant, il se devrait d’être plus difficile envers lui-même1. »

1. Laviron, « La Salon de 1834 », in Miquel, 1980, p. 78.

 
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