Paul Huet (Paris, 1803 – 1869)
Vue du château d'’Arques-la-Bataille, vers 1857

Paul Huet et Eugène Delacroix se rencontrent en Normandie en 1822. L’un semble y avoir fait les paysages que l’autre aurait dû faire s’il avait pu consacrer plus de temps à ce qui était devenu, à l’époque romantique, bien plus qu’un genre. Même si leurs deux manières sont parfaitement indépendantes, Huet et Delacroix partagent la même pensée du paysage. Delacroix évoque cet impératif qu’il y a  à peindre l’air, lors de la restitution d’une perspective, afin de donner à l’image ce caractère diaphane qui absorbe formes, couleurs et contrastes de lumière. Il trouvera en Huet l’interprète fidèle de cette précieuse recommandation.

Comme les romantiques de son temps, Paul Huet reçoit de plein fouet le choc de la technique naturaliste adoptée par John Constable qui, partant dans ces paysages d’une ordonnance classique, confère à chaque détail une substance particulière dans son épaisseur comme dans la multiplicité des teintes qui la composent. C’est à cette technique que Paul Huet doit l’infinité de ses verts et de ses gris.

La vue du Château d’Arques est emblématique de cette manière plurielle commune à ceux – il y a aussi Bonington et Corot – qui recherchent l’inspiration devant la nature. Entre la puissance physique du sujet et de son environnement et la séduction de l’élan pittoresque, Paul Huet a su choisir sans rien ôter de l’ampleur de l‘évocation historique d’un monument célèbre qui vit Henri IV remporter une bataille importante contre la Ligue en 1549. Cette belle dynamique de ruines fut citée par le Baron Taylor dans les illustrations de ses voyages pittoresques en 1820. Normand d’origine et de cœur, Paul Huet voyage dans cette région non pas en illustrateur mais en humble poète, que l’on remarque par la densité de l’atmosphère traduite.

 
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