Eugène Boudin (Honfleur, 1824 – Deauville, 1898)
Vaches le long de la Touques, 1870

Dans la plénitude de son art, Eugène Boudin traite la plupart de ses sujets suivant le principe du thème et de la variation. Ceux-ci, lorsqu’ils sont liés à la terre, gardent encore dans la mise en page le souvenir des méditations sur le paysage telles que les pratiquaient les grands maîtres hollandais. La technique associe la verve et la pâte, produisant une sensation de densité qui, loin des vibrations impressionnistes, inspire le sentiment d’une vie silencieuse, de ceux que les natures mortes savent si bien traduire.

L’œuvre de Boudin fait la synthèse entre l’approche romantique du paysage de tradition anglaise et les suggestions topographiques de la nature normande, la mer, les ports, les prés. Son art procède d’une expression vernaculaire qu’il transcende par un esprit de détachement face au pittoresque grâce à l’inlassable captation des ressources de la nature. Il est le sage qui, solitaire au bord d’une mare, restitue, selon ses propres mots, l’impression primitive et fait du fragment de nature qu’il a devant les yeux l’équivalent d’un état d’âme agité par des forces physiques. Il est aussi l’adepte de l’esquisse considérée comme le mode de création propre à donner la meilleure vision des qualités intérieures d’un sujet : l’esquisse traverse le sujet, l’esquive et provoque des inventions par la mise en place de stratégies d’expression.

Eugène Boudin est un de ceux qui révèlent le mieux les sensations primitives de vapeur, de chaleur, de vent, d’humidité, par son expressionnisme de la nature fait à la fois de fluidité et de traits exacerbés.

 
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